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Manifestation : les salariés de l'industrie, déterminés, ont répondu présents

De nombreuses entreprises de l'industrie ont défilé dans les rues de Paris le 19 mars. En procédure de reclassement, menacés de licenciement ou venus en soutien, en colère et résolus, les quidams qui ont battu le pavé expliquent pourquoi ils défilent.

Ils sont venus battre le pavé jeudi après-midi pour défendre l'emploi, le pouvoir d'achat et le service public. 350.000 à Paris selon la CGT, et 85.000 selon la police, d'après les estimations de la mi-journée. Parmi eux, des fonctionnaires, des étudiants, des retraités, mais aussi beaucoup, beaucoup de salariés du privé. De nombreux cortèges, reconnaissables à leurs chasubles, leurs autocollants ou leurs banderoles, affichaient les couleurs de l'industrie. Une industrie française accablée, mais qui lutte. Les manifestants rencontrés aux abords de la Place de la République en ont pris un coup, mais s'ils sont venus, c'est pour montrer qu'ils ne lâcheront pas.

Certains manifestants, comme Nathalie qui travaille chez Thales à Vélizy, ne sont pas directement touchés par les suppressions de postes, mais sont venus « soutenir les collègues en grève ». D'autres sont en plein dedans. C'est le cas de Gilles, assistant de gestion depuis huit ans et délégué syndical CGT chez Continental, à Asnières, dont le site va fermer. Il fait partie des 250 personnes qui seront licenciées à partir de la fin du mois. S'il est là, c'est aussi pour soutenir ses collègues de Clairoix, de Rambouillet et d'Angers, des sites qui mettent aussi la clé sous la porte. Dans le cadre du plan de sauvegarde de l'emploi, il partira avec une enveloppe de 20.000 euros et un mois de salaire par année d'ancienneté, mais côté reclassement ça ne passe pas. « On m'a proposé de partir en République Tchèque, pour un salaire local. » C'est niet. Alors pour lui, comme pour les autres puisque tout le monde a refusé, ce sera le chômage. Gilles a des projets, a priori dans la métallurgie, mais pour lui « l'automobile, c'est terminé » après 20 ans passés dans le secteur.

Ils sont nombreux, parmi la foule, à subir de plein fouet la crise de l'automobile. Les Faurecia Etampes, par exemple, pour qui les aides au reclassement restent aussi en travers de la gorge. Ahmed, 38 ans, prototypiste dans le centre de R&D - il travaille sur les futurs sièges qui seront produits pour les constructeurs -, va être licencié. « Leur reclassement, c'est du baratin. Comme l'automobile et l'aéronautique sont sinistrées, ils me proposent de m'aider à monter un kébab ou une pizzeria ! Ils délocalisent au prétexte de la crise. Mais ils veulent quoi comme société, demain ? » Ahmed, titulaire d'un BTS électrotechnique, s'avoue déterminé à tout tenter pour conserver son emploi. « J'ai quatre enfants », lance-t-il fièrement mais avec une pointe d'angoisse.

Les sous-traitants sont là, eux aussi. David, déjà venu manifester le 29 janvier, remet ça, toujours ultramotivé. « On a fait grève pendant neuf jours, perdu 600 euros de salaire, tout ça pour une augmentation de 45 euros par mois qu'on nous refuse. » Electricien chez Magnetto, à Aulnay-sous-Bois, il trimballe une pancarte faite à la main : « Polyvalence = maladie professionnelle ». Il explique : « Avec le départ des intérimaires, la direction veut que dans la même journée, je sois électricien, cariste et opérateur. Alors on a demandé une prime de polyvalence de 250 euros. Ils nous en donnent 34. » A 30 ans, il pourrait partir dans un autre secteur, mais cela voudrait dire « repartir du bas de l'échelle » et « c'est dur partout ». Alors avec une cinquantaine de ses collègues, il veut « montrer à l'Etat qu'on est dans la rue ».

Faire réagir l'Etat, pour Fabrice c'est « donner plus d'argent aux entreprises, et faire en sorte qu'elles le redistribuent aux salariés ». Technicien au Technocentre de Renault depuis 3 ans et demi, il défile avec la CGT qui réclame le paiement à 100% des jours chômés. Et qui n'est pas convaincue par le projet de « contrat social de crise » proposé par la direction. « Les syndicats ne signeront pas. L'accord, c'est un jour de CTI de notre poche pour quatre jours du patron. Nous on ne veut pas racheter de jour du tout. » On pourrait penser qu'au moins chez Renault, les salariés n'ont pas peur des licenciements, puisque les constructeurs se sont engagés à maintenir l'emploi en échange du prêt de 3 milliards du gouvernement. Il n'en est rien. « Ce sont des mensonges, rétorque Jean-Pierre. Grâce aux bénéfices, ils n'ont pas encore dépensé l'argent. Ils attendent de voir s'ils auront besoin de licencier. » A 58 ans, Jean-Pierre s'apprête à partir en préretraite via le plan de départs volontaires de Renault.

Aux sons de l'Internationale, Daniel s'apprête à rejoindre son cortège. Lui est déjà retraité depuis huit ans, de l'industrie chimique. Il défile pour « les salaires, les retraites, et la défense de l'outil industriel dans l'industrie du raffinage ». Mais aussi pour protester contre « les licenciements chez Total, qui sont inadmissibles. En plus personne ne croit qu'ils vont embaucher 3.000 personnes. » Ce militant CGT est toutefois optimiste : « La mobilisation est beaucoup plus forte qu'il y a un mois, chez les syndiqués et les non syndiqués. »

La défiance est générale vis à vis des entreprises. Le malaise est bien installé, sur un lit de peurs, d'exaspération et de ressentiment. Ressentiment dirigé tantôt vers Nicolas Sarkozy, tantôt vers les « riches », tantôt vers les patrons, comme en témoignent divers slogans. Ce qui, au final, floute un peu les revendications. Certains y verront une « manif anti-crise », une gesticulation inutile. D'autres un moyen d'expression pour des salariés qui se sentent trahis par une entreprise ou un système, et qui ne parviennent pas à faire entendre leur voix autrement.

Ainsi Virginie, technicienne de laboratoire chez Sanofi-Aventis, qui attend de savoir à quelle sauce va être mangé son centre de recherche de Vitry sur Seine. Elle manifeste « en préventif », parce que « notre nouveau directeur général nous a dit que nous n'étions pas touchés par la crise, alors qu'au centre de production ils suppriment 470 postes ». Résultat, « les gens sont tendus, ils sont dans l'attente des annonces ». Stressant, pour cette jeune mère.

Incompréhension et attente, aussi, pour ce salarié de Thomson, qui se sépare d'une partie de ses activités. « La moitié des salariés va être revendue, mais on ne sait pas à qui ni dans quelles conditions, explique ce responsable de bureau d'études, dans l'entreprise depuis sept ans. Je suis dans ce cas. Franchement, je ne comprends pas la stratégie du groupe. Quel est notre cœur de métier ? ». Chercher un autre emploi en attendant ? Il est moyennement motivé. « J'ai 40 ans, trois enfants, et cela voudrait dire quitter un CDI pour un CDD. »

Incompréhension et attente, aussi, pour ce salarié de Thomson, qui se sépare d'une partie de ses activités. « La moitié des salariés va être revendue, mais on ne sait pas à qui ni dans quelles conditions, explique ce responsable de bureau d'études, dans l'entreprise depuis sept ans. Je suis dans ce cas. Franchement, je ne comprends pas la stratégie du groupe. Quel est notre cœur de métier ? ». Chercher un autre emploi en attendant ? Il est moyennement motivé. « J'ai 40 ans, trois enfants, et cela voudrait dire quitter un CDI pour un CDD. »


Source et rédaction: www.usinenouvelle.com - Raphaële Karayan
 
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