L’aciérie de Gandrange, en chômage technique cette semaine, va fermer définitivement le 31 mars. La colère est forte contre les « promesses non tenues ».
« Le compte n’y est pas. » Sur la façade de la mairie de Gandrange, une banderole résume ce qu’on peut entendre partout dans la commune et dans celles d’alentours. Le « plan Gandrange » signé le 5 février dernier par Luc Chatel, secrétaire d’État à l’Industrie, pour « revitaliser » la vallée de l’Orne, au nord de Metz, ne convainc personne. « On est loin des promesses faites par le président de la République il y a un an », soupire Yves, un retraité de l’aciérie. Et d’énumérer : « Les deux centrales au gaz que devait construire Poweo sont passées à l’as à cause de la crise. Le projet de fabrication de panneaux solaires, c’est fini aussi. Le centre des apprentis de la métallurgie qui doit s’installer sur le site avec l’aide de Mittal, n’accueillera que 20 élèves au lieu de 120. C’est presqu’une plaisanterie ! Parmi les investissements maintenus, il y a un atelier de transformation de poutrelles, avec seize emplois à la clé et un atelier de fabrication de parois coupe-feu, avec trente emplois. C’est maigre ! »
« Ici reposent les promesses de N. Sarkozy »
L’aciérie de Gandrange, elle, va fermer au 31 mars, comme prévu par Lakshmi Mittal, le patron indien du groupe. Le 4 février 2008, le président de la République avait promis, sous les applaudissements du personnel, d’investir dans Gandrange « avec ou sans Mittal ». Un an après, jour pour jour, la CFDT, majoritaire dans l’usine, a installé une plaque mortuaire en granit poli devant l’entrée sud du site : « Ici reposent les promesses de N. Sarkozy faites le 4 février 2008. » Et la colère n’a pas baissé depuis, au contraire. Yves : « Dans son émission du 5 février dernier, le président a affirmé que seul un four sera fermé, laissant entendre que les sidérurgistes exagèrent en protestant contre la liquidation de l’usine. Mais l’aciérie de Gandrange n’a qu’un seul four ! C’est bien la fin d’un savoir-faire. » La fermeture de l’aciérie sera suivie, en fin d’année, par l’arrêt du train à billettes, qui transforme l’acier sortant du four en lingots. Il ne restera plus alors à Gandrange, qu’un laminoir « couronnes et barres », que le groupe Mittal a promis de moderniser. Bref, l’usine de Gandrange, qui fait quatre km de longueur, sera bientôt vide aux deux tiers. « Ça va se ressentir dans la région », souligne une cliente du magasin Match de Mondelange, à quelques centaines de mètres à peine de l’usine. Ici, les communes se touchent, tout autour de l’aciérie. Il est parfois difficile de savoir si l’on est encore à Amnéville ou déjà à Mondelange, à Clouange ou à Vitry-sur-Orne, à Gandrange ou à Boussange… Il n’y a pas si longtemps, toutes ces communes vivaient au rythme de la sidérurgie, qui modelait, de Hagondange à Moyeuvre-Grande, un paysage industriel hérissé de hauts fourneaux et d’imposants bâtiments avec un entrelac de passerelles, de cheminées et de ponts roulants. Aujourd’hui, l’usine de Gandrange, avec sa grande « cathédrale » abritant le fameux four électrique, se dresse seule au milieu des maisons et des espaces vides. La sidérurgie ne s’est pas seulement rétractée. Elle a été presque totalement gommée du paysage.
« Ça fait drôle de voir cette énorme usine complètement à l’arrêt »
« La fermeture de l’aciérie sera le coup de grâce pour la vallée », dit un consommateur du Bellevue, un café-restaurant fréquenté par les ouvriers d’ArcelorMittal. Ce mardi à l’heure du repas de midi, il n’y a pas grand-monde dans la salle. L’usine toute proche est au chômage pour la semaine, à cause de la crise. « On est correctement indemnisés à 80 % », souligne Christophe, qui travaille sur le laminoir barres-couronnes. « Mais ça fait drôle de voir pour la première fois cette énorme usine complètement à l’arrêt. Ça nous donne un avant-goût de ce qui nous attend. » Délégué CFDT du personnel, Christophe a le regard noir en posant derrière la plaque mortuaire dédiée aux « promesses de Sarkozy ». « Lorsqu’il est venu sur le site, nous voulions y croire », dit-il. « Nous avons bu ses paroles quand il a dit que l’État ne nous laisserait pas seuls et qu’il ferait vivre Gandrange avec ou sans Mittal. Aujourd’hui je pense que s’il revenait, il n’y aurait personne pour l’écouter. »
« Tous des menteurs »
Son copain Yves opine : « J’ai travaillé 32 ans, de 1984 à 2007 dans diverses usines sidérurgiques de la vallée. J’ai vécu le grand plan acier de 1984 et je constate que les politiciens sont tous des menteurs. Nicolas Sarkozy n’a rien inventé dans la démagogie. Quand François Mitterrand était venu à Metz, il s’était ridiculisé en affirmant qu’il aimait les sidérurgistes et qu’il connaissait bien « Rombasse » près de « Pompéi ». Le problème c’est que Rombas se prononce « Romba » et que Pompey – et non Pompéi ! — se trouve à une centaine de km de chez nous, entre Nancy et Pont-à-Mousson. » Et de conclure : « Quand j’entends les présidents raconter n’importe quoi sur nous, je me demande ce qu’il faut croire quand ils nous parlent des marins pêcheurs… » Un an après l’espoir insufflé par Nicolas Sarkozy, lors d’une visite triomphale, Gandrange a enterré les promesses… et ses illusions. Source et rédaction : www.lalsace.fr |